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Les livres et articles sur Pierre Riboulet
 
  par Alexis LEDUC  
     
Immeuble de bureaux SPAC, Clichy
 

Ce projet de rénovation-construction d’un immeuble de bureaux, un des derniers de Pierre Riboulet, a été inauguré le 10 octobre 2005. Alexis Leduc, qui l’a mené à bien, fait le récit de cette expérience.

Transmission
Je suis rentré à l’agence de Pierre Riboulet en 1997 pour travailler une semaine et j’y suis resté sept ans. Travaillant d’abord comme étudiant, j’ai ensuite passé mon diplôme d’architecte (aidé par la confiance et l’attention). Je n’étais pas le premier collaborateur que cet homme aidait et encourageait.
Mon expérience, acquise notamment aux côtés d’André Mao, collaborateur de la première heure, s’est faite principalement pendant l’élaboration de grands bâtiments. Ces réalisations étaient toujours suivies jusque dans les moindres détails.
Quelle que soit l’échelle des projets, l’architecture de Pierre Riboulet était fondamentalement attentive à l’humain à qui elle était destinée. Cette capacité d’écoute était aussi valable à l’égard des hommes et des femmes qui le côtoyaient. Ce travail a profondément marqué ma façon de voir l’architecture.
Le projet était toujours dessiné par sa main au crayon, au té et à l’équerre. Sa façon de travailler, extrêmement précise et rigoureuse, était d’une grande intensité. Le projet était généralement déterminé dès ses premières esquisses et intégrait toutes les dimensions nécessaires, fonctionnement, structure, proportions… Il était ensuite confié à ses collaborateurs de l’agence, qui étaient chargés de suivre et régler les agrandissements d’échelles successives jusqu’à l’ultime, celle du chantier (savoir-faire…). Pierre Riboulet déléguait en toute confiance la responsabilité de ces opérations, mais se tenait toujours bien informé de l’avancement du projet. Il était frappant de constater combien le bâtiment réalisé ressemblait « à la lettre » au dessin sorti de sa planche à dessin mi-raisin.

Écoute
Au sortir de mon diplôme, Pierre Riboulet me proposa de m’occuper « seul » d’un chantier de taille plus modeste que ceux alors traités à l’agence mais d’une bonne échelle pour un jeune architecte. J’acceptai !
Ce travail m’a permis d’observer de près la façon qu’il avait d’appréhender le projet d’architecture, son contexte, sa commande. Lors de notre premier rendez-vous de présentation avec le PDG de la SPAC, M. de Bagneux, après avoir écouté les attentes, nous sommes sortis et avons fait le tour complet du bâtiment. Les commentaires de Pierre Riboulet concernant la cour mal organisée ou la forme du bâtiment trop verticale et isolée pour admettre une surélévation fondaient déjà les intentions qui allaient être les nôtres.
En rentrant, nous avons été dans le centre ville de Clichy voir la Maison du peuple de Prouvé, Lods et Baudoin. Le bardage acier de couleur claire de ce bâtiment a déterminé la nature du revêtement de nos façades, comme une politesse envers ce noble voisin.
Notre retour prit l’allure d’une promenade architecturale, un véritable enchantement. Nous sommes passés voir les villas du Corbusier et de Mallet-Stevens en face du bois de Boulogne, l’immeuble de Patou sur les boulevards extérieurs ainsi qu’un petit hôtel particulier moins connu du XVIe arrondissement. Cet homme attentif et discret possédait une connaissance lumineuse de l’architecture qu’Il partageait avec passion.

Transformation
Le projet consistait en l’extension et la réhabilitation de bureaux d’une surface de 2 500m2. Il s’agissait de valoriser d’une part un patrimoine foncier situé aux portes de Paris, en l’agrandissant et en réorganisant l’ensemble et, d’autre part, l’image d’une entreprise de BTP, la SPAC (groupe Colas). À l’initiative de son PDG, Alain Dupont, Pierre Riboulet avait déjà réalisé plusieurs bâtiments pour Colas, dont le siège social situé à Boulogne. Cette opération m’a donné l’occasion de confirmer ma formation d’architecte en gérant un projet d’une certaine diversité : la question du rapport à un bâtiment existant et sa transformation, la gestion des différents modes de construction (béton, charpente métallique, bardage acier) et la capacité à créer au final un tout cohérent.
Les façades en béton construites dans les années cinquante témoignaient d’une certaine vétusté. Sa silhouette verticale était d’aspect insolite, comme une chandelle isolée. Initialement prévue à la pointe d’un projet de rue jamais réalisé, elle était désormais inappropriée. Nous en avons modifié le mouvement général ; aujourd’hui horizontal, il s’intègre mieux à son environnement.
Il fallait pour cela construire l’extension de la pointe donnant sur la rue, ce qui fut réalisé au moyen d’une structure métallique. Pour couronner l’immeuble d’un acrotère filant, le volume des locaux techniques en toiture fut supprimé. Une légère différence de nu dans la hauteur du rez-de-chaussée permet d’accentuer la proportion horizontale. L’ensemble est isolé et habillé, du premier au troisième étage inclus, d’un bardage en acier prélaqué identique à celui utilisé pour la construction neuve et qui unifie l’ensemble.
Nous avons essayé d’accentuer encore la proportion horizontale par le traitement des fenêtres existantes. Trop étroites et verticales, nous aurions souhaité démolir deux trumeaux sur trois. Mais le béton, insuffisamment ferraillé, ne le permettait pas. Des châssis double vitrage en alu laqué à ouvrants cachés remplacèrent avantageusement les précédents.
L’immeuble existant étant installé sur un rez-de-chaussée situé à mi-niveau, le sol de la cour a été creusé de façon à réaliser une cour anglaise plantée qui permet la création de vraies fenêtres et la transformation des salles d’archives du sous-sol en salle de réunions ouverte.
Le bâtiment des nouveaux bureaux forme une équerre adossée aux murs mitoyens au premier étage. Ce bâtiment « mince » construit sur pilotis ne comporte qu’une épaisseur de bureaux et un couloir. Les bureaux sont ouverts sur la cour intérieure et les couloirs adossés à un mur aveugle sont éclairés par des verrières zénithales, scandés par des couleurs vives. Cette aile nouvelle est reliée au bâtiment existant par un escalier fonctionnant à demi-niveau.
Le stationnement des voitures était prévu autour d’un grand jardin de pleine terre situé au centre de la cour. Cette solution présentait l’avantage de masquer à la fois la vue des voitures et les façades arrières des immeubles voisins. Mais, pour rentabiliser cette opération, on augmenta le nombre de places de stationnement. Il fallut pour cela construire un parc de stationnement souterrain qui repoussa le jardin à la périphérie de la parcelle. Pour préserver l’agrément de la cour, la rampe d’accès fut dissimulée sous le bâtiment.
La propriété comporte également un petit pavillon néo-classique relié au bâtiment principal par une passerelle. Les façades en verre permettent une transparence qui atténue son épaisseur relative, due à une nécessité administrative d’alignement sur la rue. Cette passerelle forme comme un porche d’entrée et permet de créer une continuité urbaine. Affectée à la cafétéria, elle offre un point de vue simultané sur l’ensemble du projet et le mouvement de la rue.
Les accès, qui se faisaient directement depuis la rue, sont désormais inversés (excepté pour les visiteurs). La cour permet désormais d’accéder directement à tous les bâtiments. Elle devient le cœur de cet ensemble bâti. L’entrée principale se fait par le mur rideau de l’escalier de liaison où un élévateur rend accessible aux handicapés le rez de chaussée et le premier étage. Cette circulation intérieure permet la communication entre tous les bâtiments et forme le niveau de référence.
Le chantier a duré un an et demi. Une fois terminé et livré, j’ai apprécié de voir comment les utilisateurs se sont réapproprié les lieux, l’attention qu’ils ont mis à les aménager, choisissant avec soin leur nouveau mobilier, installant canapés et plantes vertes dans les circulations – initiatives confirmant la réussite du projet.
Ce chantier m’a montré de quoi est aussi faite l’architecture. Écoute du contexte plus ou moins immédiat, des nécessités des utilisateurs, des capacités économiques, de l’histoire du bâtiment et de ce que l’on souhaiterait qu’il devienne. Les choix de l’architecte doivent s’imprégner de ces interactions pour que le projet intègre à la fin tous ces éléments disparates et se forge une identité propre.


Alexis Leduc

 
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